Supervision et analyse de pratiques d’orientation psychanalytique :un réel dispositif de formation et un abord éthique et politique incontournable pour les professionnels du champ sanitaire-social
- betinafrattura
- 28 oct. 2025
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La supervision et l’analyse de pratiques sont devenues, au fil des années, amplement proposées aux salariés par les gestionnaires et directions des structures du secteur sanitaire-social-éducatif ; aussi, dans le domaine de la Petite Enfance, elles sont devenues obligatoires[1].
C’est une législation soucieuse du bien-être au travail, du maintien de la qualité, et de l’amélioration des pratiques professionnelles qui encourage ainsi les gestionnaires à offrir à leurs salariés l’accès à la supervision et l’analyse des pratiques.
Nécessaire et Suffisant. La question de la demande
La mise en place de réunions de supervision et analyse de pratiques est nécessaire mais pas toujours suffisante.
S’engager dans ces dispositifs nécessite pour chacune des parties (gestionnaire, professionnels salariés et superviseur formateur) une élucidation de la demande. Et ceci -l’élucidation et la mise en forme de la demande en soi- requiert un véritable travail qui engage l’éthique à l’œuvre.
Dans mon expérience de superviseur d’équipes ce temps du travail est, à chaque fois, laborieux, ardu, délicat, douloureux[2] et il aboutit toujours à la joie. Une joie qui n’est pas divertissement, allégresse, happy end ni positivité affective mais la joie rendue possible par l’accouchement d’un savoir nouveau. J’y reviendrai.
A ce moment, alors, des effets de transfert de travail se produisent. Avec comme conséquence -d’une part- un allégement des phénomènes imaginaires de groupe (l’illusion groupale, la pensée de groupe, les rivalités, la dépendance, etc.) et -d’autre part- un soulagement d’affects tels que l’impuissance, la colère, la tristesse.

Bouts de savoir et solitude : Le travail à plusieurs (s’)épanouit
Disons ici que tout ce qui est écrit plus haut peut se réaliser à cette seule condition : que chacun soit décidé à y aller de sa mise. Car il s’agit d’un pari. Le pari vers un savoir nouveau.
J’y reviens ici :
Le bien-être au travail et l’amélioration de la qualité de l’accompagnement : qui pourrait se manifester contre cela ? Personne. Nous le souhaitons tous. Mais chaque professionnel du secteur sanitaire-social éducatif est en mesure aujourd’hui d’affirmer que les conditions matérielles rendent ces deux objectifs des idéaux plus -ou moins- inatteignables. Et de ce fait chaque-un risque de se trouver acculé au sentiment d’impuissance, d’échec, de colère voire de faute à ne pas éprouver de manière durable, stable, ce « bien-être au travail ».
Chacun de nous connait la combinaison des facteurs qui entraînent épuisement professionnel, stress et une crise d’attractivité pour le secteur : des conditions de travail difficiles (pénurie de personnel, charge mentale et physique élevée, manque de moyens), un manque de reconnaissance (salaires peu attractifs, perspectives limitées), des horaires contraignants, et des pressions administratives et managériales accrues -pour ne citer qu’une petite poignée parmi la pléiade de facteurs en jeu.
Dans le secteur sanitaire-social-éducatif des mesures, programmes et protocoles sont fournis aux établissements pour améliorer l’accompagnement des usagers et les QVT[3]. Et pourtant un air de tristesse souffle sur le vaste champ des métiers du sanitaire-social-éducatif.
Pour les professionnels, s’engager dans le travail de la supervision et l’analyse de pratiques, consentir au risque[4] du savoir peut alors permettre cette traversée qui mène chacun à pouvoir porter une parole issue, enfin, de son propre rapport au savoir nouveau, construit au plus près du plus concret de son expérience auprès des personnes accompagnées (en soin, écoute, accueil, hébergement, selon).
Dé-couvrir le savoir que l’on a, le formaliser -c’est-à-dire élucider sa logique- se risquer à la parole mettant bout à bout sa propre expérience pour en extraire des bouts de savoir ; un savoir où l’on se découvre plus impliqué que ce que l’on avait prévu ; un savoir qui devient alors moteur de travail et de désir de savoir.
C’est autour de ce savoir nouveau qu’un travail à plusieurs devient possible de manière vivante.
Ainsi, ce que d’aucuns appellent « cohésion d’équipe » -et qui constitue la clé de voute de la sécurité des usagers comme de la qualité des conditions de travail pour les professionnels- advient de surcroit. Une cohésion comme effet vivifiant d’une séparation salutaire.
Un travail de supervision et d’analyse de pratiques ainsi conçu, mettant au centre une place laissée vide de savoir (ou d’un non-savoir central) -plutôt que de mettre en point Idéal un nouveau savoir/des nouveaux savoirs à acquérir- redonne à chaque professionnel le sens de son métier, le sens de son être-là.
Cela a des effets immédiats sur toute situation de crise au travail ; certes un effort de savoir est à renouveler sans cesse mais cet effort n’est point imposé : il s’impose. Car il ne s’agit pas de « former » le professionnel, ni de l’instruire avec du savoir-déjà-là, mais de faire place à un dire qui le concerne, là ou les savoir prêts à porter se montrent insuffisants et, au fond, dépossèdent le professionnel de sa responsabilité dans l’élaboration de savoir et dans sa maitrise de « l’expérience du nouveau »
Educateurs, enseignants, infirmiers, psychologues, médecins, travailleurs sociaux, magistrats, etc. il advient alors possible d’articuler les savoirs de chaque métier aux effets de parole et à l’adresse singulière dans une rencontre inédite.
Betina Frattura – Loos ce 25 octobre 2025
[1] Dans le secteur de la Petite Enfance (EAJE - Etablissements Accueillant des Jeunes Enfants), conformément à l’article R.2324-37 du Code de la santé publique et à l’arrêté du 29 juillet 2022 le dispositif analyse de pratiques est obligatoire pour minimum 6heures/an
[2] Et plein d’humeur puisque cela fait partie de mon style.
[3] Qualité de Vie au Travail, ayant évolué à QVCT Qualité de Vie et des Conditions de Travail
[4] Voir dans cette page l’article « Risque et prévention » (à paraître le 15.11.2025)



